Si vous connaissez ces règles de ponctuation, vous êtes un expert de la langue française

2/2 Les virgules, les points, les parenthèses… Sans eux, les phrases n’ont plus de sens. Un énoncé n’a plus de souffle. Mais les employez-vous correctement? Le Figaro vous propose de le découvrir, grâce à l’ouvrage Petit(s) point(s) sur la ponctuation de Julien Rault.

«Venez manger les enfants!» En voilà une terrible scène anthropophage! Non, rassurez-vous, on voulait écrire: «Venez manger, les enfants!» Comment ne pas douter du pouvoir de cette minuscule virgule? Le point-virgule, le point d’interrogation… Nous déprécions, à tort, l’importance de ces signes. Le Figaro vous propose un tour d’horizon de l’histoire et des règles de ponctuation.

● La si discrète virgule

La ponctuation donne à un énoncé son souffle, un rythme, une vivacité. Revenons un instant sur la virgule, du latin virgula «petite baguette, petite verge», qu’autrefois on nommait «point à queue» ou «point crochu». Comme le raconte Julien Rault dans son ouvrage Petit(s) point(s) sur la ponctuation (Le Figaro), elle n’était au départ qu’un signe secondaire, «servant à augmenter la force du point ou à le diminuer». Par la suite, ce signe le plus fréquemment employé finit par participer pleinement à la construction du sens d’une phrase. Caractère minuscule, détail presque invisible, la virgule «endosse un imaginaire de la précision, de l’exactitude». En effet, ne dit-on pas «à la virgule près»?

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Pour l’anecdote, Victor Hugo s’agaça de la présence invasive de la virgule dans son ouvrage La légende des siècles reponctué par les imprimeurs belges. «Les sauterelles envahissent l’Égypte et les virgules envahissent la ponctuation». Si la virgule sert à lier, elle participe également au mouvement de la phrase. Dans le détail, on peut observer, selon Nina Catach et Claude Tournier, deux fonctions: la «virgule moins» qui «procède comme les parenthèses, souvent double ou associée à un autre signe». Elle sert à «extraire des segments, produire des ajouts, modifier l’ordre syntaxique».

La «virgule plus», elle, «est assez proche de la conjonction de coordination ou de subordination». Ainsi, elle intervient dans les énumérations et permet de structurer les différents groupes. Exemple: «M. Roch habitait, dans la rue de Paris, une maison reconnaissable à ses deux étages, et à son magasin, peint en vert foncé, rechampi de larges filets rouges.» (Sébastien Roch, Octave Mirbeau). En réalité, et l’auteur le reconnaît, la présence de la virgule est «assez aléatoire»: faut-il mettre une virgule après la conjonction de coordination «or» ou «mais»? «La variété des usages indique que le rythme et les effets de sens qui le sous-tendent déterminent souvent les choix.»

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● Le pathétique point d’exclamation

Ce signe aurait été inventé par l’Italien Coluccio Salutati, chancelier de France et auteur de Ars punctandi. Comme le raconte Julien Rault, le point d’exclamation a également été appelé «point pathétique» ou «point admiratif». «À l’origine, il servait à indiquer l’endroit où il convenait de se lamenter ou d’admirer», apprend-on dans le Dictionnaire universel d’Antoine Furetière. Le signe marque l’injonction, l’interjection. Ainsi, il «fait partie des signes dits expressifs. C’est-à-dire des signes qui introduisent de l’affect qui inscrivent l’émotion dans le texte». Il traduit la terreur, la fureur, le pathos, le désespoir: «Ô rage! Démons, malédiction! Il faudrait des mois pour percer ce mur avec de bons outils, et je n’ai ni un clou, ni une heure!» (Le Dernier jour d’un condamné, Victor Hugo).

On peut le multiplier, y adjoindre d’autres caractères comme les points d’interrogation ou de suspension. Droit, vertical, il «est l’objet d’un usage important dans les injonctions des slogans politiques, qu’il s’agisse de se lever (Debout la France!), d’avancer (En marche!) ou, plus simplement, en filigrane derrière les initiales d’un candidat, d’agir (AJ!).»

● Parenthèses ou tirets?

On considère les parenthèses comme plus réflexives, un espace clos dans lequel la pensée mais aussi le secret, la confidence ont leur place. Pour l’expliquer, revenons à l’origine du mot: il vient d’une figure de style, la parenthesis, proche de la parabole. Ces signes, là encore italiens et surnommés «lunules» par Érasme, sont nés au XIVe siècle. Les parenthèses servent alors à «inscrire dans le corps du texte les commentaires traditionnellement relégués en marge»: des précisions, une digression. Ainsi aujourd’hui, elles peuvent enserrer une seule lettre comme plusieurs phrases.

Les tirets, eux, font leur première apparition en tant que marqueurs de réplique dès l’Antiquité latine. «Cet emploi originel lie intimement le signe à l’idée de prise de parole.» Mais au XIXe siècle, un nouvel usage naît: «emprunté aux Anglais, le tiret est utilisé comme signe de rupture, de disjonction, afin de traduire les accidents du langage». Des points de suspension, en somme, mais marquant «de façon plus abrupte, plus disjonctive, une interruption». À la différence des points de latence, le tiret ne suggère aucun non-dit.

Un tiret simple permet également de «procéder à un effet d’ajout, un effet de clausule». Ainsi, certains membres d’une phrase ont soudainement plus d’autonomie. On butte, la phrase n’est plus reine, son rythme se brise et nous force à observer un fragment. Exemple: «La foule vagabonde, attirée par les chants comme les poissons par la nacre miroitante, acclamait les survenants, – dans l’espoir, enfin, de véritables largesses.»

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source : LE FIGARO – Le Figaro – Actualité en direct et informations en continu http://www.lefigaro.fr April 27, 2019 at 10:54AM