Oubliez le téléphone et les appels vidéos, Facebook mise sur la communication par avatars

L’ambition de Facebook en matière de réalité virtuelle et augmentée n’est pas simplement d’établir une nouvelle plate-forme de divertissement, ni de créer de nouveaux outils de travail. L’entreprise veut fondamentalement transformer la façon dont l’être humain communique en rendant les interactions à distance ultra immersives et réalistes. Dans un long billet de blog publié le 13 mars 2019, les équipes de Facebook Reality Labs (anciennement Oculus Research) basées à Pittsburgh (Pennsylvanie) dévoilent un peu leurs travaux sur la question.

 

Des avatars plus vrais que nature

Elles mettent au point des "Codec Avatars", ce par quoi elles désignent des avatars plus vrais que nature, presque indissociables de la vraie personne. Le concept d’avatar, mot d’origine indienne signifiant l’incarnation d’une divinité sur terre, est devenu courant grâce aux jeux vidéo et à Internet, mais Facebook veut en faire un mode de communication standard, qui remplacerait les appels vidéo. L’entreprise espère transformer par ce biais la manière dont la distance impacte les relations sociales, et y voit une révolution du même ordre que l’invention du téléphone.

 

 

Une personne n’aurait qu’à mettre des lunettes ou un casque VR pour pouvoir converser virtuellement avec d’autres individus comme s’ils étaient tous réunis dans la vraie vie. Ses moindres gestes et expressions seraient retransmis avec une très grande fidélité, donnant l’illusion à ses interlocuteurs qu’elle est vraiment avec eux. FRL Pittsburgh se focalise sur le sujet depuis sa création en 2015, mais son directeur de la recherche, Yaser Sheikh, y travaillait déjà auparavant au sein de l’Université Carnegie Mellon.

 

Mais la barrière est très haute pour convaincre les gens qu’ils sont proches même en étant loin. Il ne s’agit pas juste de téléprésence, il faut créer un sentiment d’authenticité, même dans un environnement artificiel. L’authenticité, c’est des tas de petits tics, de manière de bouger ou de se tenir, que les proches reconnaissent instinctivement. Cela implique de parfaitement retranscrire des expressions subtiles, comme des sourcils froncés, le clignement des yeux ou un sourire en coin. Yaser Sheikh parle du "test de la mère" : une mère doit pouvoir "aimer" l’avatar de son enfant avant d’être vraiment suffisamment confortable pour interagir avec lui comme elle le ferait en vrai.

 

 

un procédé de capture automatisé

C’est pour cela que Facebook Reality Labs a baptisé ce système "Codec Avatars", car ces informations très complexes doivent être capturées et encodées, puis transférées et décodées chez l’interlocuteur. Evidemment, cette technologie est encore loin d’être prête pour le grand public (il faudra compter de nombreuses années avant qu’elle ne le soit), mais FRL Pittsburgh a déjà réalisé de belles avancées. Le laboratoire a créé un système qui permet de créer automatiquement un avatar ultra-réaliste, puis de l’utiliser pour discuter dans un environnement virtuel.

 

 

Il a pour cela bâti deux studios de capture de pointe, un pour le visage et l’autre pour le corps. Il s’en sert pour créer des modèles numériques extrêmement proches de la réalité. Chaque studio est équipé de centaines de caméras haut définition, chacune d’entre elle enregistrant 1 Go de données par seconde. L’un d’entre eux a aussi 1700 microphones pour parfaitement capturer la voix. Chaque enregistrement dure une quinzaine de minutes. Une fois ce jumeau numérique constitué, un casque de réalité virtuelle bardé de capteurs permet de suivre les expressions du visage en temps réel. Ces données sont alors injectées dans un réseau de neurones pour animer fidèlement l’avatar.

 

 

Pour le moment, FRL Pittsburgh utilise ces studios pour créer une base de données de caractéristiques physiques à l’aide d’un petit groupe de participants. Ces données servent à entraîner des systèmes de machine learning, l’idée étant de parfaire le procédé jusqu’à ce qu’il soit un jour possible de se créer un avatar rapidement et simplement, sans avoir besoin d’un studio de capture ni d’enregistrer des téraoctets de données.

 

La sécurité des données, un enjeu crucial

Evidemment, ces recherches soulèvent des questions sur la sécurité d’un tel système et la confiance qu’on peut lui accorder. Les chercheurs de Facebook assurent en être bien conscients, et ils réfléchissent déjà à diverses manières de garantir une authentification forte de l’utilisateur et de l’appareil utilisé, plus un chiffrement au niveau matériel. Ils consultent régulièrement des experts en sécurité et en vie privée pour évaluer comment sécuriser au mieux les données des avatars.

 

Yaser Sheikh perçoit par ailleurs les "deepfakes" comme une une menace existentielle pour ce projet. Pour rappel, les "deepfakes" sont des vidéos manipulées à l’aide de deep learning pour mettre le visage d’une personne sur le corps d’une autre ou pour faire dire à quelqu’un – avec sa propre voix – quelque chose d’aberrant. L’une des parades auxquelles il réfléchit est l’utilisation de "comptes authentiques" pour garantir qu’une personne est bien qui elle prétend être. Facebook devra redoubler d’efforts en la matière étant donné ses multiples scandales s’il espère convaincre le public.

source : usine-digitale.fr March 14, 2019 at 08:05PM