Le projet « Substra » vise à exploiter les données médicales grâce à l’intelligence artificielle

Les partenaires de cette healthchain (chaîne de santé) ambitionnent de lancer une plateforme open source "au cours de l’année 2019". Pour leur permettre de développer leur écosystème, la banque d’investissement Bpifrance finance ce projet à hauteur de 10 millions d’euros.

"Dans le monde actuel, il est difficile de passer à côté de l’intelligence artificielle (IA) et pour qu’elle soit efficace, cette technologie a besoin de données massives", a expliqué Matthieu Galtier, porteur du projet Substra pour la start-up Owkin, spécialisée dans le machine learning (apprentissage automatique) appliqué à la recherche médicale.

"Dans le domaine de la santé, les organisations publiques disposent de données cliniques et de recherche, de données médico-administratives et de compétences en IA théorique. Les organismes privés ont, eux, des compétences en IA appliquée mais aussi des compétences en développement informatique et des données utilisateurs."

L’objectif premier de ce projet est de "fédérer cet écosystème public-privé pour construire une infrastructure IA respectueuse de la confidentialité des données", a ajouté le représentant d’Owkin.

Les hôpitaux ou instituts peuvent être réfractaires à l’idée de partager leurs données avec des tiers, ainsi, le consortium entend "laisser les données et leur gouvernance là où elles sont collectées et faire voyager un algorithme entre les différents centres pour les traiter et les utiliser à des fins de recherches médicales", a-t-il complété.

Le projet né en janvier 2017 entend promouvoir la collaboration scientifique et assurer la confidentialité des données. Pour cela, le consortium va s’appuyer sur la technologie de la blockchain ou "chaîne de blocs".

Dans la galaxie numérique, la blockchain prend une place de plus en plus importante et grâce à la décentralisation et à l’inaltérabilité qu’elle offre, elle permet d’assurer l’intégrité des données cryptées et stockées sur divers serveurs, ici les différents centres dont sont issues les données médicales qui serviront à la recherche.

Chaque partenaire vu comme un "maillon de la chaîne"

Dans ce projet, chacun des partenaires a un rôle bien défini. Owkin, à l’origine du projet, va installer des serveurs pour développer les algorithmes de deep learning (apprentissage profond) qu’ils font "voyager d’un centre à un autre sans que les données ne soient partagées", a indiqué Gilles Wainrib, cofondateur de la start-up.

"Notre ambition est de contribuer à la recherche médicale et de mettre au point des outils prédictifs qui pourront être utilisés à l’hôpital. En cancérologie, par exemple, cela peut permettre de prédire la réponse à un traitement comme l’immunothérapie."

Sur le même créneau de la prédiction de l’efficacité thérapeutique, Alain Livartowski, oncologue et responsable des projets e-santé de l’Institut Curie, va mettre ses équipes à disposition du projet Substra et "créer un entrepôt de données destiné à la recherche médicale et à l’IA".

Même ton au Centre Léon-Bérard, où Thierry Durand, directeur du centre de lutte contre le cancer (CLCC) lyonnais, va "préparer [ses] données pour servir l’IA et aider à la création de nouveaux algorithmes pour valoriser nos données". Objectif: "permettre à nos patients de bénéficier des algorithmes dont ils auront besoin", a-t-il souligné.

"Nous avons été très séduits également par la blockchain, ce projet sera notre première implémentation de cette technologie."

Du côté des hôpitaux, les bases de données patients représentent un atout considérable dans le développement du projet. Qu’il s’agisse du CHU de Nantes ou de l’Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP), ces données serviront à entraîner les algorithmes et à "trouver les biomarqueurs qui nous font défaut pour prouver l’efficacité de l’immunothérapie en cancérologie", ont expliqué les Prs Brigitte Dreno, cheffe du service de dermatologie du CHU de Nantes, et Céleste Lebbé, dermatologue à l’hôpital Saint-Louis (AP-HP, Paris).

Au CHU de Nantes, la création d’un entrepôt de recherche "comme socle de l’IA" est en projet. L’AP-HP peut, elle, compter sur ses 4.500 projets de recherche et un entrepôt de données déjà ouvert.

Autre start-up présente, Apricity, spécialisée dans les solutions connectées pour la fertilité, aura pour mission de "standardiser les données, créer une interface de programmation pour traiter ces données et mettre au point des outils d’IA pour les médecins".

La partie technique est également confiée à l’université Paris-Descartes et à l’Ecole polytechnique, chargées dans un cadre scientifique et méthodologique de développer les méthodes de validation médicale des algorithmes d’IA en santé.

"Nous allons travailler sur la méthodologie des algorithmes et expliquer les décisions prises par l’IA", ont indiqué le Dr Mehdi Benchoufi, médecin et spécialiste de la blockchain en santé et Erwan Le Pennec, professeur associé de l’Ecole polytechnique.

Par ailleurs, le consortium est également constitué sous la forme d’une association à but non lucratif, Substra Foundation, chargée d’assurer la pérennité du code open source produit dans le projet et de "faciliter le travail des acteurs en aidant aux démarches réglementaires".

wz/ab

source : TecHopital November 2, 2018 at 03:04PM